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La légende du Roc du Cavalier

9 Août 2015 , Rédigé par l'oustal de saint juéry Publié dans #CONTES et LEGENDES

Cette légende, extraite du livre «  A tra­vers Causses e Raspas – Légendes et récits de la vallée du Tarn" de Gaston Boulouis, fut retrouvée dans les manuscrits de l'abbé Hèbles, an­cien curé d’ Ayssènes.

 

Elle est de l'histoire d'un terroir et de ses hommes.

                    chateau-d-Ayssene.jpg                                                    

     "Un soir, le courrier qui porte les correspondances d'Ayssènes à Melvieu et vice-versa vint me trouver tout bouleversé : "Monsieur, me dit-il, depuis deux ou trois jours, le matin et le soir, quand je passe au Mas-de-Benou, j'entends des cris d'un homme qui semblent sortir du gouffre. On dirait des cris de désespéré. Cela me fait frissonner. Je ne suis pas pol­tron, comme vous savez ; mais ces cris m"épouvan­tent. Qu'en pensez-vous ? Qu'est-ce ? Si je leur ré­ponds, ils se taisent. Si c'était un homme en danger, il crierait plus fort pour appeler au secours...

"N'ayez pas peur, lui dis-je; c'est le cavalier qui, du fond du gouffre, maudit les bandits qui ont enlevé et fait souffrir sa chère Aude".
        Il me fallut lui raconter l'histoire de ce chevalier d
ont le corps gît encore sans doute au fond du gouffre et qui crie vengeance contre les ravisseurs de sa fiancée. Et voici cette histoire, telle que je l'ai trouvée dans un vieux parchemin du 13ème siècle.
        C'était au temps de la guerre des Albigeois. Ayssènes appartenait par moitié à Déodat de Sévérac, Albigeois forcené qui ravageait sans vergogne tout le pays aux alentours de ses châteaux. Il allait jusque dans le Gévaudan piller et massacrer les paysans cou­pables de ne pas suivre sa secte.

         Il vint un jour à Ayssènes avec sa bande de ribauds et s’empara du village. Mais le château-fort, dressé sur le roc de Saint-Jean ne voulut pas se rendre. Le capitaine en avait été nommé par Henri I, comte de Rodez. Sévérac se mit à assiéger le château.
Le capitaine avait une fille nommée Aude, belle et vertueuse, ornée de toutes les qualités qui font une demoiselle parfaite. Elle était d'une générosité sans pareille pour les pauvres et quand, tous les matins, elle assistait à la messe que célébrait son chapelain, les manants croyaient qu'ils avaient devant leurs yeux une sainte du paradis.

        Tous les jeunes chevaliers des environs aspiraient à sa main. Mais elle choisit le fils du seigneur des Ribes, Arnault, jeune seigneur plein d'honneur et de vertus. Le mariage devait avoir lieu le mois suivant. Il fallait attendre le retour de messire Jean de Saluste, père du fiancé, qui guerroyait prés de Carcassonne contre les mécréants, sous les drapeaux de Simon de Monfort.

        Le château d'Ayssènes fut attaqué avec une rage diabolique par Sévérac; et les défenseurs virent bien vite qu'ils ne pourraient pas résister longtemps.
Aude appelle son serviteur Jérôme : "Va aux Ribes, lui dit-elle, et tu diras au preux Arnault que Aude est en danger. Que Dieu te garde de tomber entre les mains de ces ribauds
       Le serviteur arrive tout haletant aux Ribes et crie au jeune chevalier: "Aude est en danger dans le châ­teau d'Ayssènes et m’envoie vous le dire.

« Aude en danger ! Ah ! Les bandits. Sois maudit, chevalier félon de Sévérac! Vite mon cheval et mes armures. "Dieu, garde la vertueuse Aude et permets que de ces ribauds il n'en reste pas un seul  Que l'enfer s'ouvre sous leurs pieds et les engloutisse tous ! »

 

        Fou d'amour et de colère, le jeune chevalier des Ribes part comme un bolide et prend le sentier qui, sur les bords du Tarn, conduit vers Ayssènes.

 

       Eperdu d'angoisse, il arrive bientôt en vue du village, à un endroit où l'étroit sentier surplombe la rivière. A tra­vers une épaisse fumée, Arnault voit le château en flammes et du haut du donjon un cri lui arrive: Aude avait reconnu son fiancé.
 "Aude !" crie le vaillant chevalier et, fou de dou­leur, il pique son cheval des deux. Sous le coup de l'éperon, la pauvre bête se cabre; mais, dans un affo­lement, elle fait un faux pas roule à travers les ro­chers à pic, et va avec son cavalier s'effondrer dans le Tarn. On n'entendit qu'un poignant gémissement dans lequel se mêlaient les noms d'Aude et celui de Dieu.

       Aude fut emmenée par Déodat à Sévérac où elle resta prisonnière jusqu'à la prise du château par Simon de Monfort. Elle revint alors à Ayssènes d'où chaque jour elle descendait, toute triste, au Mas-de-­Benou, et là, elle semblait chercher quelque chose dans les remous du gouffre, puis elle priait long­temps, longtemps...

       On n'a jamais retrouvé le corps du brave Arnault. Il est toujours dans la rivière à l'endroit où il est tombé. Depuis lors, chaque cinq ans, pendant plu­sieurs jours, le matin à l'aurore, et le soir à la tombée de la nuit, on entend sa voix répétée par l'écho de la montagne. Elle crie vengeance au ciel et pleure sur le sort de la belle Aude.

      C'est depuis ce temps-là que ce lieu s'appelle « le Roc du Cavalier ».

 

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microneedle skin roller 05/05/2014 14:32

Vraiment triste histoire! Je sais que c'est une œuvre de fiction, mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à mes propres proches tout en lisant l'histoire. Depuis que vous avez écrit cela, je dois l'admettre. vous avez un vrai talent pour l'écriture et êtes un excellent conteur!