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gite aveyron l'oustal de saint-juery

Interieur de l'habitat rouerguat fin du XIX siècle

8 Septembre 2014 , Rédigé par l'oustal de saint juéry Publié dans #HISTOIRE EN AVEYRON

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La vie de la famille paysanne se passe dans la salle commune cuisine, pièce à vivre, pièce de réception.
Elle est sombre.

Une seule fenêtre l'éclaire généralement. La lumière peut aussi entrer par la porte quand on la laisse ouverte. Dans beaucoup de maisons un portillon à mi-hauteur précède la grande porte massive.
 Cela permet de se protéger des incur­sions des volailles dans la cuisine, d'éviter des accidents aux marmots, tout en conservant un peu de lumière à travers la demi ouverture.

Porte et fenêtre ont du mal à éclairer les coins de notre «oustal » dont la surface dépasse souvent trente mètres carrés.
D'ailleurs la couleur noirâtre des murs et du plafond enduits d'une suie séculaire n'attire pas la clarté. On avait passé un lait de chaux ou un gris autrefois. Mais dans beaucoup de fermes on n'en devine plus l'existence car les murs ne sont repeints qu'une fois par génération et les poutres restent noires à jamais.

Curieusement nos paysans appellent ce plafond noirci «lou cel d'oustal » le ciel de la maison! Il est fortement encom­bré.
Il y a des cordes, des montants de bois entre les poutres, des crochets de fer.
Toutes ces attaches supportent les provi­sions de bouche de la famille : des paquets d'oignon, de longues tresses d'ail, des épis de maïs. Le râtelier à pain supporte une douzaine d'énormes miches rondes qui dureront un mois.

Dans un coin la vessie desséchée du porc attend son malade, animal ou humain.On fait aussi sécher au plafond saucisse et saucissons et surtout « lou bocou » c'est-à-dire l'échine et le lard du porc familial dans lesquels la mère de famille tranche chaque jour la « por­tion » de tous.
Enfin, au centre, au-dessus de la table, existe Souvent une planche horizontale suspendue à deux montants de bois, formant une bibliothèque paysanne inattendue.

En effet, il est d'usage d'y ranger les quelques almanachs, de temps à autre un journal ou une lettre parvenus à la ferme, voire un vieux missel hors d'usage, qui constituent toute la lecture de la famille. En l'absence de livres, d'autres y rangent quelque médication ou leur provision d'herbes à tisanes.

L'âtre occupe tout un côté de la salle commune sous une immense cheminée assez grande pour abriter le cercle de famille et les voisins à la veillée. S'y trouvent aussi les jambons à fumer et parfois une claie à sécher les châtaignes que l'on monte au début de l'hiver.
Le foyer disposé à même le dallage est encadré de landiers d'importance variable selon la richesse de la maison. Ils suppor­tent des crémaillères sur lesquelles on engage un tourne-broche où grillent aux temps froids quelque « rôtie » de grives ou de petits oiseaux.
 
Signalons aussi cette forme de chenets très curieux qui comportent un support circulaire sur lequel on pose un bol ou une écuelle pour en réchauffer le contenu.

 

En arrière du feu le mur est protégé par une plaque ou, plus souvent, par une grosse dalle ou un muret. A droite ou à gauche, une cavité creusée à même la paroi de la cuisine accueille les cendres que l'on conserve précieusement jusqu'à la prochaine lessive pour les utiliser en guise de détergent.

Des foyers secon­daires se nichent quelquefois dans l'embrasure d'une fenêtre, sous une grosse pierre munie d'un orifice. Le langage local les désigne sous le vocable de « potagers »; on les remplit de braises et ils servent à tenir chaudes ou même à cuire certaines préparations culinaires ou à faire cailler le fromage.

 Mais la pièce essentielle du mobilier de l'âtre est la potence noircie qui pivote pour venir chercher en avant du feu, à l'aide d'une crémaillère, la marmite de fonte de la soupe ou les chaudrons remplis de bouillie à cochons.
On suspend aussi à la crémaillère les « querbos », un instrument absolument essentiel à la ménagère car il supporte les poêles et les casseroles de tous rangs.
Dans un coin trône le coffre à sel en forme de banc sur lequel les vieillards se complaisent à s'asseoir, rani­mant le feu à l'aide d'une « canelo » faite d'une tige de sureau vidée de sa moelle.Ainsi l'âtre et la cheminée prennent-ils une grande importance dans la vie de la famille paysanne.
 La chaleur qu'on y ressent n'est pas seulement celle du feu de bois, mais aussi la chaleur humaine, la joie de se retrouver réunis pendant les froides soirées d'hiver.

C'est cette chaleur humaine que traduit le terme assez vague de « cantou » pour désigner le coin du feu dans son ensemble, et aussi l'intimité, le chez-soi.
 Chacun aime à s'y retrouver quand il a besoin de sentir autour de lui la chaleur réconfortante de la famille. Le mobilier populaire rouergat parait d'une grande simpli­cité.Au centre de la salle commune une table à la fois longue et massive en forme l'élément principal, parfois unique.

La table familiale comporte un énorme tiroir en bout où sont logés la miche de pain entamée, le fromage blanc, les oignons et dans certaines fermes les assiettes de chacun qui servent deux fois dans la journée sans être lavées. Au début du siècle existaient des tables très curieuses : on y avait creusé à même le bois des alvéoles reliés entre eux par une petite rainure.

La ménagère versait la soupe en bout de table et chaque convive en avait ainsi sa part par le principe des vases communicants!Quand on mange, assis sur des bancs, on coince la miche debout dans le grand tiroir. Le maître de maison en coupe de larges tranches, signe de préséance évident Que tei lou coutelCoupo lou cantel Qui tient le couteau Coupe le pain. 

 

Le reste du mobilier comprend généralement un buffet surmonté d'un vaisselier, quelque armoire et, sous l'escalier montant au galetas, un lit formant alcôve protégé par de grands rideaux de serge rouge.

Dans l'Ouest du département ou dans les grosses fermes, la salle commune se prolonge par une petite pièce dallée, évier ou souillarde, dite «faro-oyero », car elle vient en saillie à l'exté­rieur sur le mur de la maison.
Elle prend souvent l'allure d'une petite tour.
C'est une pièce à tout faire pour la ménagère, avec évacuation d'eaux usées, parfois même avec un puits intérieur.

Quand la fermière dispose ainsi d'une souillarde, elle y place le vaisselier garni d'assiettes, de cuillers et de four­chettes. La souillarde abrite d'un autre côté la fontaine de cuivre à deux corps ou un évier de pierre, la marmite de la soupe.
 Cela permet plus de netteté dans la salle commune.

 

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Les chambres peu nombreuses contiennent peu de mobilier. Au siècle dernier les paysans rouergats préféraient dormir très haut.
Un lit plat était signe de pauvreté car il indiquait qu'on n'avait pas été capable de le garnir.
Les maîtres couchent dans leur lit dotal comme le veut la coutume rouergate du mariage.
 Pour les plus riches, des colonnes, un ciel de lit, des rideaux aux couleurs vives lui confère une certaine majesté.
Chez les autres le lit est simplement entouré de rideaux et il a été fabriqué par un modeste menuisier de village.

Mais pour toute mariée, le trousseau de lit comporte les mêmes pièces une paillasse remplie de paille ou de dépouilles de mais, un matelas de laine ou de plume, un traversin, deux draps et deux couvertures de laine, les «flassados ».

Chaque famille mettait un point d'honneur à satisfaire à cet usage.Les armoires traduisent bien la richesse de leur propriétaire. Aisée, la maison possède de beaux meubles décorés de motifs à losanges typiques du mobilier régional où en style Louis XV campagnard.
Mais dans la grande majorité des fermes modestes l'armoire demeure de facture primitive, parfois de simples placards dans les murs.
Le paysan rouergat s'attache à garnir 1' « oustal » avec les faibles moyens dont il dispose. Ici point de tableaux qui restent l'apanage des châteaux et des bourgeois des villes.
 
La décoration de la salle commune paraît d'une rusticité étonnante. Les images pieuses, cachets de première communion, effigies de la Vierge ou de la Sainte-Famille achetées lors d'une retraite dans la paroisse, le crucifix en constituent l'essentiel.
Très souvent aussi un grand chapelet de Lourdes accroché en M ou en coeur sur le mur complète, avec le bénitier bleuté, cette démonstration de piété de la famille paysanne.
Vers la fin du siècle, le diplôme encadré du certificat d'études primaires, un daguerréotype de mariage pour les plus aisés occuperont un autre pan de mur. 

 

Le luminaire n'est pas moins simple. Un principe fondamental présidait à son utilisation on s'en passait tant que la lueur du jour ou celle du foyer permettaient de vaquer aux travaux en cours, et nos ancêtres jouissaient d'une singulière faculté d'accommodation!

Les plus pauvres utilisèrent longtemps de grossières chan­delles de résine ou de poix. Puis, l'abondance d'huile de noix dans le pays fit apparaître une lampe très primitive, « lou calel », faite d'un récipient à trois ou cinq becs portant des mèches.
Bien des fermes ne possédaient que des lumignons, et à la nuit tombante la plupart des besognes se faisaient dans une demi-obscurité.

A la fin du siècle le Rouergat dispose enfin d'un moyen d'éclairage plus efficace avec la généralisation du pétrole, utilisé d'abord dans la lampe Pigeon, puis dans de nombreux modèles de lampes tempête.


le four à pain
 Point de commodité non plus dans l'approvisionnement en eau.

Dans les fermes caussenardes c'est souvent une véritable hantise car les nappes et les citernes s'épuisent vite ainsi que les « lavognes » ou s'abreuvent les brebis.
Ailleurs, les puits existent dans tous les villages.
Particuliers ou mitoyens, ils sont maçonnés en un petit édifice recouvert d'ardoises grossières et fermés par une porte rustique. L'eau monte dans un seau suspendu à une chaîne qu'on enroule sur un tourillon à chevilles. Il faut parfois la tirer de plus de vingt mètres.

On imagine alors la peine de la maîtresse de maison et des servantes à qui revient souvent cette tache. Dans le Villefranchois on utilise aussi des puits très curieux, à balancier, dits « collebo ». 

A quelques mètres du puits, le four familial dresse sa silhouette trapue dans toutes les fermes.

On y cuit le pain et on y fait sécher les fruits tels que les poires ou les prunes, ou le chanvre.

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