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Histoire de la ganterie à Millau au travers du Gant Jonquet 1er Partie

24 Décembre 2015 , Rédigé par l'oustal de saint juéry Publié dans #INDUSTRIE AVEYRONNAISE

Millau, le Gant Jonquet

 

 

Ces derniers mois ont vu la démolition partielle de lune des plus fameuses usine de peausserie de Millau, le « Gant Jonquet ». Depuis la cessation de son activien 1971 et à la suite de multiples ventes, son organisation a évolué dans une copropriété. Divie en plus de cent lots et onze bâtiments, cet ensemble immobilier organisé dans le seul but de produire des gants a sombré dans un extrême morcellement et compte actuellement plus de trente co-propriétaires. La réhabilitation urbaine lane par la ville de Millau transforme déjà profondément les lieux. Aujourdhui, laile nord détruite aux 3/4 dans un incendie, en 1995, est reconstruite, tandis que lensemble dévolu à la mégisserie est déconstruit et dépollué, en attente dune nouvelle vocation. Car si à lorigine, le « Gant Jonquet » était implanté dans un faubourg peu urbani, il jouxte aujourdhui un quartier résidentiel et se transforme au grès de l’évolution économique et de la mutation de la ville.

 

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Sortie de l’Usine Jonquet (collection Fonds de la Peau et du Gant, Musée de Millau, non côté).

 

 

L’usine connue sous le nom dusine des Platanes, appelée plus communément usine Jonquet, a vu ses bâtiments initiaux, deux grandes ailes parallèles, élevés dans le dernier quart du XIXe siècle, par un commissionnaire en peaux, Albert Seguin. En 1887, il vend ses biens à Gustave Solanet un fabriquant tanneur, qui les de à son tour à Mathieu Prévot en 1901. Ce gros industriel, fabricant tanneur, s’associe à Marius et Adrien Cluzel, confrères millavois pour fonder la SociéImmobilière des Platanes. Ce sont ses fils qui vendent lusine à Albert Jonquet en 1930.

 

 

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Durant la première moitié du XXe siècle, la peausserie est la  principale activiindustrielle de Millau qui, avec les villes de Niort et de Saint-Junien, domine le marché français. À Millau, lusine Jonquet apparait comme lune des trois principales usines millavoises, qui se distingue parmi une multitude dateliers artisanaux.

 

Après avoir successivement travaillé à Millau, Grenoble et Paris, Albert Jonquet, qui débute comme ouvrier coupeur, revient à Millau en 1920 et installe sa première manufacture de gants. Située dans un immeuble de la rue Alsace-Lorraine, elle s’avère rapidement trop exigüe en raison du développement pris par la fabrication et la vente de ses articles. Dès lannée suivante, en 1921, il agrandit ses ateliers.

   

  Publicité (collection Fonds de la Peau et du Gant, Musée de Millau, non côté).

 

Cinq ans seulement aps son installation, en 1925, il élargit son activité. Il acquiert alors une usine de tannerie, située plus ps du quartier dévolu au travail de rivière (la mégisserie), au 1 rue de la Saunerie. Là, il regroupe mégisserie, tannerie et teinturerie

«dont la capacité augmentait sans cesse, réservant son usine de la rue Alsace-Lorraine à lusage de la ganterie proprement dite»1.

 

 

À linstar des plus grandes industries mondiales, dès 1928, Albert Jonquet envisage de centraliser ses activités dans un lieu unique. En 1930, il acquiert lusine dite des Platanes quil modifie méthodiquement. Située en bordure du ruisseau de la Cabre, non loin du Tarn, dans un faubourg encore peu peuplés du nord de la ville, lusine jouit dun emplacement privilégié. Là, il crée un complexe dans lequel il concentre mégisserie, tannerie, teinturerie, ganterie et comptoir de vente.

 

Au début de la deuxième guerre mondiale, lusine Jonquet apparaît comme lune des plus modernes et des plus importantes fabriques de gants dEurope. En 1938, 40 000 douzaines de peaux sont traitées en mégisserie, 45 000 en teinture et 70 000 douzaines de gants sont cousus et vendus au travers du monde. La Grande-Bretagne, la Suisse, la Belgique, lEurope Centrale et du Nord, mais aussi les Etats-Unis, lArgentine et lAustralie sont approvisionnés par la ganterie millavoise.

 

 

 

 1 Gant Jonquet, Vingt ans deffort, Une belle industrie, Gant Jonquet, 1939. np. ; Gant Jonquet, Vingt ans de travail en Aveyron, Une belle industrie, Gant Jonquet, 1939. np. (Fonds coll. De la Maison de la Peau et du Gant, Musée de Millau, non té.) Ces deux plaquettes publicitaires ont été conçues par le service photographique du « Gant

Jonquet », avec la collaboration de photographes millavois, MM. Martin et Privat, et tirées sur les presses des maîtres Imprimeurs Artières et Maury. Réalisées à l’occasion du

vingtième anniversaire de la fondation du « Gant Jonquet », et en hommage à Albert Jonquet, elles détaillent les différentes opérations qui conduisent de la ception de la peau brute à la fabrication du gant.

 

L’activité des cuirs et peau connaît une véritable croissance de la deuxième guerre mondiale aux années 1970-1971. L’usine Jonquet participe à cet élan, grâce au dynamisme et à lintelligence de son fondateur, figure marquante de la ganterie française, et de ses fils.

 

Cependant, la concurrence et les fluctuations du marché mondial du gant entrainent la chute de la production millavoise en 1971. L’usine Jonquet est contrainte de fermer ses portes en mars, provoquant la perte brutale de 1 500 emplois. Une activité de peausserie perdure toutefois sur le site jusquen 2004, date de la fermeture définitive de ses portes.

 

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Aile sud (© Inventaire général, Ville de Millau - Région Midi-Pyrénées ; photographies de lauteur).

 

Malgré lincendie qui a ravagé les 2/3 de laile nord et la cente déconstruction de l’ensemble dévolu à la mégisserie, à l’est, lusine conserve laile sud, occupée par un service de lhôpital psychiatrique, les bâtiments qui bordent le ruisseau de la Cabre, transformés en garages et les deux bâtiments centraux, dont lun abrite le « marché paysa

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ALLOT Catherine 18/01/2016 18:08

Petite-nièce d'Albert JONQUET par ma grand-mère paternelle (Louisa ALLOT née DOUZOU) et faisant actuellement des recherches généalogiques, je souhaiterais obtenir dans la mesure du possible et moyennant finances, de la documentation ou des ouvrages concernant MILLAU. Avec mes remerciements.

Gite aveyron l'oustal de saint juéry 30/04/2017 19:27

bonjour,
votre proposition m'intéresse beaucoup. Cordialement,

cammas 25/12/2015 18:51

pour avoir connu ces époques et vécue le naufrage de la ganterie (quel dommage) Millau a beaucoup changé (hélas pas en mieux) ou est donc passé la joie de vivre des millavois qui travaillaient beaucoup mais mordaient la vie à pleines dents....bon courage quand même

ALLOT Catherine 18/01/2016 18:11

Mon père, neveu d'Albert JONQUET et représentant sur PARIS a lui aussi vécu ce naufrage et sa famille aussi par voie de conséquence.