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L'habitat en Rouergue avant 1914

31 Mai 2016 , Rédigé par l'oustal de saint juéry Publié dans #HISTOIRE EN AVEYRON

  

 16 la sablière dans les gorges du tarn        le hameau de  la Sabliere  dans les Gorges du Tarn

 

L'habitat aveyronnais satisfait mal au goût du classement des géographes. Est-il groupé ou dispersé? En fait, on observe l'un et l'autre.

 Les grosses fermes sont souvent très isolées. Il en est ainsi sur les Causses,  l'Aubrac, le Lévezou. Au contraire les villages serrés abritent une multitude de petits exploitants dans les pays du grès de Marcillac ou du Camarès, dans les vallées du Lot de la Truyère ou celles du Ségala. Les Rouergats désignent sous le nom de  "village" un groupement de quelques maisons, un hameau.

16 gorges du Tarn village de Liaucous

                        Village de Liaucous dans les Gorges du Tarn

Notons cependant que ces hameaux abritaient une population plus nombreuse qu'aujourd'hui, ce qui permettait l'éclosion d'une vie sociale plus intense que de nos jours à la campagne.S'il ne comporte pas de place centrale, le village rouergat possède toujours une étendue d'usage collectif.
C'est le « cou­derc ».Il s'agit généralement d'un espace herbeux où les volailles, les porcs, voire les troupeaux vagabondent. Le paysan y dépose ce qu'il ne peut loger  instruments aratoires, chars, bois de chauffage en grands tas ou « léniers ».

 

depiquage du blé
On y dresse aussi les gerbiers Si l'on ne possède pas d'aire particulière. Mais le « couderc » prend aussi une valeur sociale dans tous les hameaux. Jeunes et vieux s'y rassemblent
pour le jeu de quilles. Le bûcher de la Saint-Jean y flamboiera au soir du 23 juin. Si d'aventure quelque musique se fait entendre au village on dansera sur le « couderc ».

 la fête

 

Il était également d'usage d'y rassembler les troupeaux pour la bénédiction rituelle.Les villageois usent aussi en commun d'instruments ou d'édifices plus ou moins nombreux selon les hameaux et les régions du département  abreuvoirs, mare, lavoirs, viviers.
 Beaucoup sont également équipés d'un « travail» en bois ou en pierre qui sert à ferrer ou à soigner les bovins et les chevaux.Mais, on le voit, les commodités du village demeurent sommaires. Point d'hygiène par exemple. Dans les villages serrés chacun empile le fumier de ses vaches devant sa porte. 
 
La maison rouergate offre au regard une certaine rudesse de traits. Cependant, les traditions d'une architecture paysanne élaborées empiriquement en fonction des besoins de la vie familiale ou de ceux de l'exploitation aboutissent bien souvent à donner noblesse et charme à ces robustes bâtisses.

 

15-maisons-caussenardes-sur-le-causse-noir.jpg



 Pour la famille la maison c'est « l'oustal » dans lequel s'incarne la continuité d'une lignée. En effet, ce terme désigne aussi bien la maison au sens propre que la salle commune-cuisine, ou que la maisonnée, le lignage.
Ainsi, dans cette civilisation paysanne le concept de maison, d'«oustal» comporte deux valeurs inséparables : l'une matérielle, celle de l'abri de la famille, l'autre spirituelle puisque tout un symbolisme s'attache à la maison-lignage,L'allure extérieure, l'importance de la maison changent d'une région à l'autre dans le département et selon la condition de la famille.

 

Capture201 

Les bâtiments des grandes fermes du Causse, du Villefranchois ou du Ségala forment des bâtisses impression­nantes qui les font ressembler à une petite forteresse, parfois à un manoir Si quelque tour vient en agrémenter les silhouettes. Inversement, on distingue mal la maison exiguë des pauvres des hangars et des séchoirs à châtaignes,En effet, au siècle passé les maisons les plus modestes ne comportaient qu'une ou deux pièces en rez-de-chaussée, sans galetas.

 Le sol était souvent de simple terre battue, les combles inexistants sous un toit de lauzes ou sous la pittoresque « Clou­chado1».Cependant, à travers les variations locales, la maison de l'exploitant indépendant forme un type assez bien représenté partout en Aveyron.La maison rurale aveyronnaise est généralement un bâtiment en hauteur. Au niveau du sol l'étable à porcs ou une bergerie s'accolent à une cave conçue comme une réserve : la futaille y voisine avec les pommes de terre, les racines fourragères, etc. Au-dessus vivent les gens.

La grange-étable forme le pendant de la maison d'habitation soit tout contre celle-ci, soit séparée. La disposition d'ensemble des bâtiments se révèle assez simple. Les plus modestes ou les habitants des vieux villages ont adopté la « maison-bloc », grange et habitations accolées.

63                Village le Truel dans les Raspes du Tarn
Parfois, tout le village s'organise ainsi le long d'une sorte de rue principale, chaque propriétaire y disposant de quelques mètres de façade.L'ensemble donne l'impression d'une maison unique étonnamment allongée puisque le même toit recouvre tout le groupe de maisons et de granges. Sans en porter le nom en Rouergue, ce type d'habitat ressemble fort aux « bar­riades» du Cantal ou d'Auvergne. Il existe très souvent quand un village a tenté de profiter d'un site de promontoire allongé pour s'installer.

 

 

L'apparition de la cour signifie une certaine aisance du propriétaire, capable de consacrer une parcelle assez étendue à des bâtiments plus complexes que dans la maison-bloc. De magnifiques cours caractérisent ainsi les grosses exploitations caussenardes.

 

Capture10001.jpg


Très souvent elles sont entièrement closes, ne communiquant avec l'extérieur que par un portail fermé d'énor­mes vantaux. Ce portail d'entrée formant porte charretière est entouré de pierres de taille et surmonté d'un petit toit allongé qui protège et qui sert d'abri au visiteur.

Très curieuse­ment la vogue de ces portails ne s'est pas étendue partout en Aveyron. Il semble qu'ils vont de pair avec une certaine fierté, une affirmation de l'indépendance de l'exploitant. Par exemple, les exploitants moyens du Ségala central les ont volontiers adoptés à la fin du siècle dernier pour s'égaler aux plus riches qui en possédaient seuls auparavant. 

 

DSCF3564
La monotonie de la façade est très souvent rompue par l'existence d'un balcon sous auvent appelé «balet» ou «pom­pidou ». L'escalier de pierre y aboutit et l'ensemble prend un cachet incontestable.Majesté ou simplicité procèdent aussi de l'élégance de la toiture. Les lourdes plaques tirées de quelque carrière proche, schistes dans le Ségala, la Viadène, le Lévezou et leurs abords, dalles calcaires ailleurs, donnaient aux toits rouergats une allure sévère et en même temps un caractère imposant.
Ils s'ornaient de lucarnes, les «loups», de tourelles ou de

simples pigeonniers. Dans la partie méridionale de la province les toits rouges paraissaient plus gais. Parfois un charpentier habile répandait dans les «rivières» caussenardes la grâce des toitures curvilignes « à la Philibert ».Sous la protection efficace des lauzes complétée assez souvent par une couche de terre glaise étendue sur une solide volige, excellente isolation contre les intempéries, la disposition des pièces ne variait guère.

La pièce principale, la salle commune, était flanquée d'une grande chambre. Les chambres secondaires, les « combrous » n'existaient jamais en nombre suffisant pour toute la famille.Des dépendances servaient à entreposer des denrées le char­nier ou saloir, petite pièce obscure, et surtout les grands galetas qui pouvaient ressembler à des cathédrales quand la charpente soutenait une toiture très élevée.

 


FERME CAUSSENARDE D'AUTREFOIS par Bueepassagere

 

 

 

 

Bien des choses y voisinaient: légumes secs, oignons, parfois du blé dans des 

"arques 1" colossales; rats et chats dont les poursuites soudaines se haussaient au rang de quelque diabolique sarabande dans l'esprit des gens à la veillée au-dessous. Que de frayeurs sont souvent venues du grenier en ce siècle de revenants, qui n'étaient dues qu'à un matou maladroit ayant manqué une souris! (A Suivre…) 

1. «Arques» : grands coffres à céréales destinés à tenir Ces dernières à l'abri de l'humidité, des insectes et des rongeurs. Ces coffres existent dans toutes les fermes.

 Extrait de
" La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)


 

 

 

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