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L'histoire du chasseur maudit (Lacaune, Tarn)

11 Octobre 2015 , Rédigé par Gite l'oustal de saint juéry Publié dans #CONTES et LEGENDES

L'histoire du chasseur maudit (Lacaune, Tarn)

Cette histoire se passe dans une ère sombre. Une période de terreur... Le monde était alors dominé par de sinistres repaires de brigands sans foi ni loi.

Dans la région de Lacaune vivait Etbert d'Estouges. On disait qu'il était comte, mais il avait depuis longtemps abandonné toute idée de noblesse. C'était un bandit sanguinaire, qui se plaisait dans le vol, le meurtre et la désolation.

On ne le connaissait plus que sous le nom de "Comte rouge".

Mainte vieille décharné, maint père de famille avait succombé sous son glaive maculé de sang innocent, ou sous les coups des fieffés coquins qui lui servaient de compagnons.

Les imprécations des victimes d'Etbert montaient jusqu'aux oreilles divines. Tant de crimes allaient-ils restaient impunis ?

Ou la justice allait-elle enfin être rendue contre le diabolique bandit ?

C'était le premier dimanche de l'Avent. Les premières neiges étaient tombées. Dans le vieux moustier, les pauvres paysans frigorifiés allaient chercher un peu de réconfort, au plus froid de l'hiver.

Soudain, un bruit de cavalcade : c'est Etbert et ses hommes qui surgissent derrière un talus, au galop. Ils sont précédés par d'imposants molosses musculeux et écumants. En voyant les pauvres gens qui se rendaient à l'Eglise, Elbert partit d'un éclat de rire tonitruant, plein de mépris, et lança son destrier sombre comme la nuit vers la montagne...
Le comte rouge partait à la chasse.

Quelques minutes plus tard retentit un bruit tonitruant. Le tonnerre n'avait jamais frappé aussi fort, même au coeur de l'été. A la place d'Etbert et de ses chasseurs, comme volatilisés par un éclair, se tenait un énorme gouffre qui s'était ouvert comme par enchantement sous les sabots de leurs chevaux.

Depuis, on raconte dans la région de Lacaune une étrange histoire. Si vous allez le premier dimanche de l'avent, près de l'Aven de Bassevergne, vous entendez distinctement les cris d'Etbert, de ses compagnons et de leurs chiens, condamnés à chasser une proie invisible, jusqu'à la consommation des siècles.

 

Récit repris de ABEILLON le blog  http://polymathe.over-blog.com/

 

 

Quelques commentaires. 

Cette légende est librement réécrite par moi, d'après le poème de Léon Bouisset dans ses 
Légendes des Monts de Lacaune

Des enquêtes orales récentes, menées par le groupe de la Talvera, ont montré que la légende d'Etbert d'Estouge, racontée par Bouisset, avait été élaborée à partir d'une tradition populaire encore vivace aujourd'hui. 

"Il y a le trou de l'aven comme on l'appelle là à Bassevergne. Il y a un grand trou au milieu d'un terrain et soi-disant que c'était un seigneur qui était allé à la chasse un jour de..., un dimanche, je ne sais pas de quelle fête... Je ne m'en rappelle plus très bien maintenant. Je ne sais pas si ce n'était pas le jour de l'Avent. La terre s'ouvrit et s'engloutit soi-disant. Ce trou s'est ouvert pour les punir et tous furent engloutis là dedans. C'est un grand trou de forme arrondie". 

L'histoire d'Etbert se place dans la lignée de celle des chasseurs maudits, bien représentés dans toute la France. Le déroulement de l'histoire est stéréotypé: un seigneur refuse d'aller à la messe ou la quitte en plein milieu, pour aller chasser. Il est condamné pour cela à chasser perpétuellement. Souvent, c'est le roi Arthur qui est le personnage principal de cette histoire, comme en témoigne par exemple le Trésor des antiquités gauloises du castrais Pierre Borel (XVIIe siècle).

Certains de ces chasseurs maudits s'appellent Rébert ou Robert, ce qui n'est pas loin du nom d'Etbert, le chasseur maudit de Lacaune. Selon les endroits, la chasse maudite elle-même est appellée "Chasse Galleri" ou "Charroye".

Souvent, la scène a lieu à Pâques. Mais dans beaucoup de versions du conte, c'est lors de la période de l'avent, voir à Noël même que le chasseur maudit pèche et est condamnée à l'errance perpétuelle. 

Evidemment, la leçon de ces légendes semble très simple. L'Eglise voulait sans doute inculquer la nécessité d'aller à la messe, notamment aux grandes fêtes. Mais si on creuse un peu plus, il apparaît que cette légende est beaucoup moins anodine qu'à la première vue. 

En effet, les histoires de chasses nocturnes ou de chasseurs se rapportent au motif plus global des légendes concernant les cortèges nocturnes des maudits. Longue procession, tantôt des âmes des morts, tantôt des démons, qui défilent à la suite d'Hellequin ou de dame Holda, dans les légendes médiévales. Il y aurait aussi la mythologie germanique où les guerriers morts au combat, à la suite de Wotan, chevauchent dans les airs en provoquant tempêtes et orages. 

Selon certains chercheurs, ces légendes de chasseurs maudits remonteraient très loin dans le temps. Elles seraient le vestige de très anciennes pratiques où les hommes combattaient en extase ou en rêve contre des forces diaboliques pour assurer la fécondité de la terre. L'historien italien Carlo Ginzburg s'est fait le défenseur de cette thèse dans son livre traduit en français sous le titre Le Sabbat des sorcières. L'hypothèse est séduisante, mais très spéculative. Elle a néanmoins le mérite de s'appuyer sur un exemple historiquement attesté, celui des Benandanti du Frioul.

Sources.


Bouisset, Légende des monts de Lacaune.
Ginzburg, Le sabbat des sorcières.
Marliave, Panthéon Pyrénéen.

 


Cette histoire se passe dans une ère sombre. Une période de terreur... Le monde était alors dominé par de sinistres repaires de brigands sans foi ni loi.

Dans la région de Lacaune vivait Etbert d'Estouges. On disait qu'il était comte, mais il avait depuis longtemps abandonné toute idée de noblesse. C'était un bandit sanguinaire, qui se plaisait dans le vol, le meurtre et la désolation.

On ne le connaissait plus que sous le nom de "Comte rouge".

Mainte vieille décharné, maint père de famille avait succombé sous son glaive maculé de sang innocent, ou sous les coups des fieffés coquins qui lui servaient de compagnons.

Les imprécations des victimes d'Etbert montaient jusqu'aux oreilles divines. Tant de crimes allaient-ils restaient impunis ?

Ou la justice allait-elle enfin être rendue contre le diabolique bandit ?

C'était le premier dimanche de l'Avent. Les premières neiges étaient tombées. Dans le vieux moustier, les pauvres paysans frigorifiés allaient chercher un peu de réconfort, au plus froid de l'hiver.

Soudain, un bruit de cavalcade : c'est Etbert et ses hommes qui surgissent derrière un talus, au galop. Ils sont précédés par d'imposants molosses musculeux et écumants. En voyant les pauvres gens qui se rendaient à l'Eglise, Elbert partit d'un éclat de rire tonitruant, plein de mépris, et lança son destrier sombre comme la nuit vers la montagne...
Le comte rouge partait à la chasse.

Quelques minutes plus tard retentit un bruit tonitruant. Le tonnerre n'avait jamais frappé aussi fort, même au coeur de l'été. A la place d'Etbert et de ses chasseurs, comme volatilisés par un éclair, se tenait un énorme gouffre qui s'était ouvert comme par enchantement sous les sabots de leurs chevaux.

Depuis, on raconte dans la région de Lacaune une étrange histoire. Si vous allez le premier dimanche de l'avent, près de l'Aven de Bassevergne, vous entendez distinctement les cris d'Etbert, de ses compagnons et de leurs chiens, condamnés à chasser une proie invisible, jusqu'à la consommation des siècles.
 

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