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La bête de Veyreau 1799

4 Août 2015 , Rédigé par Gite aveyron l'oustal de saint juéry Publié dans #HISTOIRE EN AVEYRON

La bête de Veyreau 1799

A une période et dans un lieu relativement proche du Gévaudan, a sévi la bête de Veyreau. Cette région du causse noir, au-dessus des gorges de la Jonte, se trouve au nord de l’actuel département de l’Aveyron, en limite de la Lozère. Le curé Casimir Fages, dans son livre paroissial de Veyreau rédigé vers 1870, nous rappelle les méfaits de la bête :

 

"Vers l’an 1799, apparut dans le pays, surtout aux environs du village des Paliès, une bête féroce qui remplit tous les habitants d’une grande frayeur ; sa taille était plus svelte que celle d’un loup ; elle était dans sa marche d’une telle agilité qu’on la voyait dans un lieu, et quatre ou cinq minutes après on la voyait à une lieu de distance dans un autre endroit. Elle avait la tête et le museau d’un gros lévrier ; elle entrait en plein jour dans les villages, et malheur aux enfants qu’elle pouvait rencontrer, elle les emportait et leur dévorait premièrement le foie et ensuite les membres.

Un jour d’été, la veille de Saint-Jean, elle parut aux Paliès, et des enfants qui l’aperçurent de loin, coururent se réfugier sur un arbre qui est près de la maison du nord du village ; plus prompte que l’éclair, elle en saisit un, qui était déjà à la hauteur de deux mètres, et l’emporta dans le bois de Madasse ; les tondeurs du troupeau du fermier du domaine de Ladet, au nombre desquels était le père du malheureux enfant, courent en toute hâte vers l’endroit où elle s’était dirigée, et par le bruit qu’ils firent, obligèrent la bête à abandonner l’enfant que l’on trouva palpitant sans boyaux ! Qui eut cependant la force en voyant son père qui le cherchait de crier "je suis ici" ; et il expira quelques moments après. Cet enfant âgé de six ans, s’appelait Pierre-Jean Mauri ; dans le registre Mr Arnal qui lui avait supplée les cérémonies du baptême en 1794 à l’âge de quinze mois, ajoute à la marge dudit registre, dévoré par la bête féroce.

Quinze jours plus tard, elle emporta un enfant de Graille, fermier à la Rougerie, qui, en compagnie de son frère aîné, gardait les bœufs près de la fontaine de Saint-Martin ; l’aîné voulut bien secourir son frère, mais la bête se redressant l’effraya tellement qu’il prit la fuite et vint chercher du secours à Veyreau ; c’était un jour de dimanche, une grande foule se transporta sur le lieu, et en cherchant dans la pièce de Malbouche on trouva quelques restes de membres qu’elle avait cachés dans la terre. Cette même bête emporta encore une petite fille de Julien, habitant de la Bourjoie ; son père était occupé à abattre des noix ; les petits étaient près de l’arbre, et la bête au vu de son père l’emporta ; il se mit après mais sans pouvoir la joindre et quelques jours après on la trouva enterrée dans les mousses ; le foie avait été dévoré. Ces différents traits emplirent d’une juste frayeur les habitants de Veyreau et de St André ; plusieurs personnes la virent, en furent accompagnés faisant des gambades, des sauts, sans cependant oser s’attaquer à des adultes ; un jour, en plein midi, elle traversa le village de St André, et s’arrêta devant la porte de la maison d’un tisserand ; on la prit pour un chien, et du moment qu’on voulait la caresser, elle disparut comme un éclair. Mr Gaillard, curé de St André, avec lequel j’ai causé de cet animal extraordinaire, m’assure l’avoir entendue un soir dans un petit champ au-dessous de la mare, poussant des hurlements semblables au braiement de l’âne, et plusieurs autres personnes s’accordent à affirmer la même chose.

Tous les braconniers du pays se réunissaient pour lui donner la chasse, on la rencontra, dit-on, quelquefois, et quand on lui tirait dessus, elle se roulait à terre et disparaissait avec une vitesse prodigieuse. Les personnes qui dans ces temps étaient enfants, s’accordent à dire combien grande était l’impression d’effroi qu’elle avait produit dans toute la contrée du causse noir. Sans s’attaquer aux hommes ou aux animaux, car on l’avait vue traverser des troupeaux sans y faire aucun mal, elle n’en voulait qu’aux enfants et dans le courant de cette année, depuis le mois de juin jusqu’au mois de décembre, deux garçons et une fille furent les tristes victimes de sa férocité ; personne ne marchait seul pendant la nuit, le jour tout le monde sortait une hallebarde au bout d’un bâton pour se défendre, en cas de rencontre. Qu’était cette bête ? L’on ne saurait la classer dans le genre des animaux connus dans le pays ; Mr Caussignac prétendait que c’était une hyène ; Mr gaillard, curé de St André, la croyait un loup-cervier, et le vulgaire lui donnait le nom de loup-garou.

Après quelques six mois ou un an, elle disparut sans qu’on ait su quelle fut sa fin. Vers le même temps, une pareille bête fut vue au bois de Sanvero près Cornus ; elle faillit dévorer une petite fille que j’ai connue vingt-cinq ans après ; elle était près de sa maison au village de Labadie, paroisse de St Rome de Berlières ; son frère ; plus âgé qu’elle, la défendit et même la lui enleva, et la fit entrer dans la maison ; la porte fermée on la vit par les fentes de la porte guetter pendant quelque temps la proie qu’elle avait manquée, et manquée de bien peu, puisque d’un coup de dent, elle lui avait emporté un morceau considérable de peau de ses côtés ; la marque lui en resta pendant toute sa vie.

 

Quoi qu’il en soit de cet animal, son apparition eut un retentissement très alarmant dans tout le causse noir, et les gens peu instruits y voyaient du merveilleux, surtout après les épreuves de la tourmente révolutionnaire.»

 

Une histoire rapportée par Bernard Soulier, Président de l'association "Au pays de la Bête du Gévaudan" à Auvers.

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