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La légende des Trois Ermites entre Causses et Cévennes

7 Juin 2015 , Rédigé par Gite l'oustal de saint juéry Publié dans #CONTES et LEGENDES

 

Mont Saint Guiral

 

Il était une fois... au XIème siècle, la famille Roquefeuil, d'après les premiers textes connus, possédait un château situé à côté du rocher de Saint Guiral et étendait son comté depuis Meyrueis au nord, Nant à l'ouest, Campestre au sud, Aulas à l'est. Ils régnèrent sur la région pendant six siècles. Outre leurs possessions terriennes, abbayes, châteaux, ils donnèrent à l'église un évêque à Nimes et deux abbés à l'abbaye de Saint Guilhem le Désert. Dès le XIIème siècle; une chapellenie en l'église Saint Hilaire, peut-être un château au Caladon et le monastère de Notre Dame du Bonheur à Camprieu. "La montagne de Roquefeuil" commença à changer de nom toponymique vers 1774, pour s'appeler Saint Guiral. 

Pour les habitants des Causses et des Cévennes, aux confins du Rouergue et du pays viganais, il est un lieu chargé d’histoire et de légende, une « montagne sacrée », casque de granit posé sur les landes du plateau du Lingas, aujourd’hui assiégé par la forêt domaniale de l’Aigoual : le Saint-Guiral.

 


La légende de Saint-Guiral

 

Dans tout le pays viganais, sur le vaste Causse et dans toutes les Cévennes, Irène de Rogues avait la réputation d'être la plus belle des belles et son nom était synonyme de beauté. Ah ! qu'elle était belle, belle comme le froment doré par la lumière de Messidor, belle et bonne comme ce bon pain cuit sur les dalles du pays. En son château, elle vivait tranquille et heureuse, se souciant bien peu de toute cette admiration que lui valait son corps. Pieuse et bonne, elle donnait la prééminence aux vertus les moins voyantes. Sa jeunesse ajoutait à son éclat.

La solitude ne lui pesait aucunement et cependant elle était bien esseulée tout là-bas au delà de la Tessonne entre les murs sévères de sa demeure où n'était d'autre jeunesse qu'elle. Il lui plaisait de rêver des heures entières tout au haut de la plus haute tour et d'interroger le ciel sur l'infini du monde. Elle se laissait souventes fois aller à fredonner quelques chansons apprises par un troubadour, ou même à répéter quelques comptines si répandues alors, qui la transportaient dans un monde merveilleux. Elle en affectionnait une plus particulièrement :

"Trois petits princes sortant du Paradis

Pomme reinette, pomme, pomme d'api

Un, deux, trois,

Dites Sainte Vierge, lequel vient pour moi ? "

Or Esparron, non loin de là, avait à cette époque un château féodal tout neuf ou presque, imposant et de fort bel aspect comme en témoignent aujourd'hui les ruines qui s'agrippent désespérément aux rocs. La châtelaine, veuve depuis longtemps, était à sa dernière extrémité. Elle fit venir ses trois enfants près de son lit et s'adressa à eux.

"Héritiers de vos pères, chevaliers pleins de courage et de vertus, ce que je retrouve présent en vos cœurs, faites-moi une ultime grâce, prenez femme parmi les héritières de notre pays, gardez-vous de donner une étrangère pour mère à mes petits enfants".

Alban, Loup et Guiral, c'était leur nom, jurèrent à la mourante d'accomplir son vœu, ce qu'ils s'appliquèrent à faire dés leur affliction quelque peu atténuée. Hélas, ils furent victimes d'un malin qui fit naître en eux le même dessein et cela sans qu'ils se le confient mutuellement.

Alban, sans hésiter, pensa fixer son choix sur la belle Irène qu'il avait rencontrée au retour d'une chasse, invité au Castel de Rogues. Un bon matin donc, il sella son cheval et sous un prétexte quelconque il quitta le château d'Esparron, caracolant en direction de la Tessonne. Au château de Rogues, il approcha Irène et commença sa cour. Son retour a Esparron parut normal et nul ne sut ce qu'il avait fait durant son absence.

Loup, le lendemain, sans rien savoir des faits et gestes d'Alban opéra de la même façon, accomplissant le même chemin et la même visite. Il s'en revint le soir de même sans rien dire, tout naturellement et nul ne l'interrogea.

Le surlendemain, comme prévu par le destin, Guiral procéda comme ses deux frères sans éveiller le moindre soupçon.

Chaque semaine le même manège se répétait, le but des sorties de chacun des frères restant toujours ignoré des autres.

En son château, la belle Irène, encore plus jeune et joyeuse, chantait avec une émotion plus profonde et répétait : Trois petits princes sortis du Paradis..."

Elle avait désormais dans sa vie trois petits princes qu'elle écoutait avec la même attention. Ils avaient tous mêmes qualités, et chacun possédait un peu plus ce que l'autre avait tout de même.

Dites Sainte Mère lequel d'eux vient pour moi ?

Son cœur battait-il plus pour un que pour l'autre ? La belle Irène sentait qu'elle les aimait tous trois  également, or ils lui demandaient d'être leur femme, et il lui était impossible de choisir. Que faire ? Ce fut sa dame de compagnie, la bonne Marion qui lui conseilla de les mettre a l'épreuve, et elle suggéra de les faire venir tous trois au même jour à la même heure afin qu'ils s'affrontent en un tournoi régulier.

 

Mont Saint-Alban

La belle jugea le conseil bon et fit donc venir ses trois soupirants. Au jour fixé, ils arrivèrent chacun de leur côté, sachant qu'ils n'étaient pas seuls sur les rangs. Mais leur stupeur et surtout leur désarroi fut grand lorsqu'ils se reconnurent. Alban, Loup et Guiral très unis par leur amour fraternel proposèrent alors à la dame de leur cœur de partir à la croisade, où ils pourraient faire preuve de bravoure tout en offrant à Dieu leur destin.

"Trois petits princes sortant du paradis

A la guerre lointaine s'en sont partis"

Dire les combats, les assauts, et les épreuves de courage répétées de nos trois preux serait trop long, comme il serait trop triste de parler de l'attente de la belle Irène, pleurant.

"Trois petits princes dans le ciel gris

s'en sont retournés au Paradis".

Et nous devons en venir là. Irène aussi, lasse d'attendre, déchirée de douleur s'en retourna aussi au Paradis.

Le jour de sa mise en terre, jour de douleur, trois chevaliers embrassèrent du regard celle qu'ils aimaient et pour laquelle ils avaient accompli mille prouesses sans pouvoir se départager.

Ils prirent le deuil le plus cruel, celui de la mort de leur amour. Au château d'Esparron la vie n'était plus possible, leur douleur commune restant sans calmant possible. Alors Alban proposa de revêtir la robe de laine et de s'exiler chacun sur un des sommets environnants pour y mener la vie des ermites. Ils s'engagèrent à commémorer le jour de leur retour de terre sainte et de leur deuil chaque année en allumant un feu sur leur montagne. Ce serait ainsi leur salut fraternel sur terre jusqu'au jour où ils retourneraient auprès du père autour duquel ils retrouveraient Irène.

Dans le Pays, on vit longtemps s'allumer un feu sur les sommets de la montagne de Saint-Alban, du Pic Saint-Loup et du Mont Saint-Guiral. Ils s'éteignirent finalement l'un après l'autre, celui qui illumina le ciel une dernière fois fut celui de Guiral.

"Trois petits princes sortant du Paradis...

 

 

Au temps des croisades, trois jeunes chevaliers de la maison de Roquefeuil (ou de celle d'Esparon), Guiral, Loup et Alban, étaient également épris de la belle Irène, fille du seigneur de Rogues (village du causse de Blandas). Pour les départager, celle-ci leur fit promettre de partir combattre en terre sainte : celui des chevaliers qui aurait fait montre de la plus grande prouesse deviendrait son époux.

 

Les années passèrent et, lorsque les chevaliers revinrent, la belle venait juste de mourir. Un troubadour qui passait au château de Rogues lui avait en effet appris la fausse nouvelle de leur mort : Irène n'avait pu supporter un tel chagrin.

 

Que dire alors de celui des trois preux ? Pour conjurer leur peine, ils résolurent de donner leur vie à Dieu en se faisant ermites. Loup monta sur le pic Saint Loup, à l'entrée de Montpellier; Alban sur mont Saint Alban, à proximité de Nant (Aveyron); Guiral sur le rocher de Saint Guiral, déjà situé. Chaque lundi de Pentecôte, les trois frères allumaient de grands feux au sommet de leurs promontoires naturels : ainsi, de loin en loin, ils pouvaient s'assurer de la survie de chacun. Les feux s'éteignirent l'un après l'autre et Guiral mourut le dernier.

 

Tiré de l'Oeuvre de l'Abbé Buisson 

 

Pic Saint-Loup 

 

Depuis cette époque, tous les lundis de Pentecôte, les paroissiens d'Arrigas, Alzon, Dourbies, Sauclières et Saint-Jean-de-Bruel se rendent en pélerinage au pied du rocher pour y entendre la messe. Les paroissiens d'Arrigas s'y rendaient autrefois à pied, en montant à travers la montagne, par le col du Villaret, puis en suivant la crête jusqu'au col des tempêtes, via Saint Guiral (4 à 5 heures de marche). Après l'office les bergers cueillent des renoncules, à proximité du ''tombeau de Saint Guiral'' (en fait, un dolmen) : suspendues dans les bergeries, elles sont sensées protéger les troupeaux.

 

Abandonné à la fin des années soixante, le pélerinage vient d'être rétabli à l'nitiative des sociétés de chasse des communes concenées. Il est à noter par ailleurs qu'un tableau représentant Saint Guiral est accroché dans l'église d'Arrigas. Réalisé par un notaire de Saint-Jean-de-Bruel au siècle dernier, il ne présente guère d'intérêt esthétique, mais les habitants d'Arrigas y sont sentimentalement très attachés. Sa restauration a été envisagée conjointement par l'association paroissiale et par la municipalité.

 

Elle a connu de multiples variantes. Guiral est toujours l’un des trois frères. Mais le nom de ses frères varie selon le territoire où l’on se trouve : Alban et Sulpice pour les Aveyronnais, Alban et loup (Pic Saint Loup) pour les Gardois, Loup et Clair pour les Héraultais (Mont Saint Clair), etc. De même pour leur origine familiale : pour beaucoup ils appartiennent à la puissante famille de ROQUEFEUIL. Pour d’autres, comme l’auteur de la présente version, ce sont les fils de la famille d’ESPARON. Qu’importe en vérité puisque nous sommes ici non dans le domaine de l’histoire, mais dans celui de la légende.

La légende des Trois Ermites  entre Causses et Cévennes

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senegal 14/11/2014 10:25

Super acticle. Merci du partage

trafic organique 12/11/2014 18:12

Merci beaucoup pour cet article. Sympa.